Tranches de vie

      Comme l'écrivait Goémon, "il se dit citoyen de nulle part, mais c'est Paris qui lui coule dans les veines."

      Parisien et "petit-fils de BUTTE-MONTMARTRE", avec un arrière-grand-père qui y cultivait sa vigne et vendait son vin dans une gargotte non loin de la Place du Tertre, un grand-père qui armé de son lance-pierres endommageait parfois un vitrail de la Basilique du Sacré-Coeur; un père natif de l'arrondissement, le XVIIIème.

     Pour un "titi" d'aujourd'hui je suis issu de la Préhistoire ... Comment croire que marmot, j'ai vécu sans ordinateur, téléviseur, et appareils de toutes sortes?. Confié en semaine à la grand-mère maternelle vivant dans le XIXème avec une de mes tante, rue de Crimée, j'ai connu le pain à cinq sous, les toilettes à la turc pour tout un palier, le charbon qu'il fallait remonter de la cave pour alimenter  le poêle, le bougnat du coin, les voitures à chevaux, les lampes à pétrole, les chanteurs des rues et les petits métiers dont les cris résonnaient dans les cours d'immeubles "Vitrier ! vitrier !", "Peau de lapin !", "Ciseaux, couteaux, rémouleur ! ", "Rempailleur". Encore les troupeaux qui étaient conduits aux abattoirs de La Villette, les lampes à pétrole, les postes à galène, et cette foutue chanson de Berthe Sylva, "les roses blanches" ... Côté salle de bains, c'était pour ceux de la "Haute", du rustique. Pour la "grande toilette" hebdomadaire, ces dames me plongeaient dans une sorte de lessiveuse reposant sur l'évier de la cuisine, face à la fenêtre d'où j'apercevais les toits des voisins et le Sacré-Coeur, et d'entonner "Montes là-d'sus, montes là-d'sus, montes là-d'sus et tu verras Montmartre ...". J'allais jouer aux billes Place de Bitche, près de la caserne des pompiers au bord du Canal de l'Ourcq, faire un tour de manège ou voir Guignol aux Buttes-Chaumont et engloutir une gauffre. Les jours s'écoulaient ainsi, les parents me récupéraient pour le week-end, ce jusqu'au jour où il fallu aller à l'école.

     La "Sagrada familia" :

     Du côté maternel, une famille d'ouvriers, de gens simples, des tailleurs et des scieurs de pierre. Le grand-père Jules, un parigot, chaudronnier, que je n'ai pas connu, possédait un sacré coup de crayon. Il s'amusait à croquer les personnages de l'époque sur des bouts de papiers, des factures, des nappes. J'ai pu à grand peine conserver quelques uns de ses dessins bien représentatifs d'un époque, que je me propose de présenter ici sur un album. Certains étant de véritables témoignages, les POLIN, CLAUDIUS à la "SCALA", MATHIAS à l' "Alcazar d'été" (aujourd'hui le "Pavillon Gabriel" aux Champs-Élysées), BRUANT, d'autres encore. 

 

 

     L'une des trois filles de Jules qui deviendra ma mère, douée pour la danse et ayant fait ses armes dans plusieurs compagnies dont celle de Serge LIFAR, intègrera le corps des danseuses du "Moulin Rouge" jusqu'à l'Occupation alors qu'elle devait être nommée meneuse de revue. J'ai toujours une copie des portraits photographiques réalisés par le célèbre studio HARCOURT. Ces portraits qui ornaient les murs du hall d'entrée et des escaliers de cabaret.

 

 

     Du côté paternel, nous étions dans un autre monde. Difficile de le qualifier de bourgeois, compte-tenu des origines du grand-père "Jojo" qui s'était fait tout seul à une époque bienheureuse où il n'était pas nécessaire d'être bardé de diplômes pour réussir. Jojo, nanti de son unique diplôme le certificat d'études primaires, avait exercé différents métiers. Il travailla notamment comme ouvrier dans l'usine DUCELLIER à CLICHY. Il fut mis à la porte sans ménagement après avoir trop poussé et mal surveillé une chaudière à vapeur qui explosa, emportant entr'autre la verrière. Quelques lustres plus tard le P.D.G. de cette entreprise se trouva dans le bureau de Georges pour solliciter des contrats pour ses usines. "Vous ne me reconnaissez pas ?" lança Georges; "Non !"; "Vous m'avez foutu à la porte il y a ...". Malaise ... Entre temps, "Jojo" et son diplôme était devenu Directeur d'usines du Sud-Est Aviation (aujourd'hui Sud-Aviation), notamment celles d'ARGENTEUIL-BEZONS où l'on construisait des hydravions dont les essais se faisaient sur la Seine. J'entendis parler de Latécoère, de Voisin, de perstigieux pilotes, du "Capoul" à TOULOUSE, de ROCHEFORT, MARIGNANE, bref, ...

      Un autre milieu, une union entre père et mère qui se révèlera comme un mélange détonant mais qui survivra jusqu'à la mort.

     "De la jeunesse à post 68" :

     Dans ce milieu ambiant où l'affection ne devait surtout pas se montrer, je vieillis très vite. Les études primaires ne me posèrent aucune difficultés d'autant que je fréquentais une école privée mixte (un évènement pour l'époque) à deux pas de la gare d'ASNIÈRES, où les professeurs étaient attachés à transmettre leur connaissance. Comme l'écrivait RABELAIS et ce qui est trop oublié de nos jours "Enseigner un enfant ce n'est pas emplir un pot c'est allumer des feux.". La  seule chose qui me barbait était la remise des prix où il fallait monter sur une scène et embrasser les vieilles dames moustachues qui vous remettaient vos prix, de volumineux et lourds ouvrages reliés où le patriotisme était souvent présent tel "Les Héros de la Marine française". La guerre n'était pas si loin, une autre était en cours en INDOCHINE. Il était fréquent malheureusement de croiser des "gueules cassées" et je jouais souvent avec un copain dans un immeuble ravagé par les bombes à deux pas de notre immeuble. 

     J'éprouvais un grand plaisir lorsque nous allions au cinéma à BÉCON-les-BRUYÈRES où nous résidions. J'ai un souvenir nostalgique de ces séances avant le grand film. Documentaire, actualités Pathé cinéma et le chant du coq au générique, "Jean Mineur publicité - Balzac 00-01" et l'entracte avec son ouvreuse et son panier d'osier "bonbons, caramels, esquimaux, chocolat !!" auquel quelque plaisantin ajoutera pour la rime "Sucez les mamelles à Lollobrigida !!".  Mais surtout l'occasion de voir artistes de tous les horizons, illusionnistes, jongleurs, et vedettes de l'époque. "Les trois ménestrels", "Eddie CONSTANTINE", "Les Compagnons de la chanson"  et Robert LAMOUREUX ses "papa, manman, la bonne et moi" ,  "La chasse au canard", et autres sketches. 

     Une suite d'évènements très personnels, des déménagements, d'autre banlieues, et le besoin impérieux de sortir de l'ombre se faisait présent. L'école publique m'emm..., je m'y ennuyais fichtrement à l'exception d'un prof de français qui m'encourageait à la rédaction, à l'expression orale. Pour les vacances scolaires à l'exception d'un mois d'été consacré à l'Espagne et la Cala Monjoy entre ROSAS et CADAQUES, je devais travailler. Ainsi ma carrière dans les petits métiers, "pour profiter de la neige" débuta fort jeune à mon goût, employé comme "ouvrier d'entretien" par l'institution de l'époque le Touring-Club de France, dans un centre de colonies de vacances situé dans les Pyrénées à CAUTERETS, qui n'était pas la station de ski que l'on connait aujourd'hui. Je dressais des couverts, lavais les gamelles, les couverts, passais la serpillère dès 5 h 00 du matin jusqu'à 23 h 00. Quant à profiter de la neige, j'avais tendance à m'écrouler sur mon lit pendant la coupure de l'après-midi. Fort heureusement le Directeur était un homme de grande humanité du nom de Daniel FROT, qui m'apprit beaucoup et que je suivrai plusieurs années durant les périodes hivernales et au fur et à mesure de ma montée dans "la hiérarchie". Aide-moniteur, moniteur, moniteur de ski de randonnées. C'est à CAUTERETS que je monterai pour la première fois sur les planches. Il fallait alors faire le trajet en car jusqu'au refuge du Pont d'Espagne où avait été installé un "fil-neige". J'ai beaucoup apprécié l'esprit des Moniteurs qui nous encadraient, leur simplicité, leurs traditions, leur dévouement; esprit que j'ai retrouvé dans le film de Christian GION avec Roland GIRAUD, Gabrielle LAZURE et Michel GALABRU, "Le provincial". Comme pour le Pays basque, j'ai toujours eu cette étrange impression d'être en pays de connaissance et de cotoyer des lieux et des êtres familiers. Je croiserai de futures célébrités sportives comme Annie FAMOSE, je partagerai un soir le pain et le vin avec Marcel AMONT entouré d'amis pour une soirée de chants montagnards. Plus tard j'effectuais un stage de montagne à CHAMONIX, là encore je ferai la connaissance de Gaston REBUFFAT, de Maurice BAQUET (que ma mère avait cotoyé). 

     Pour sourire peut-être, c'est lors d'une course dans les Aiguilles de CHAMONIX en compagnie de Guides, que nous devions percevoir des appels de détresse. Après plusieurs minutes de recherche pour localiser d'où provenaient ces cris, nous devions trouver sur une paroi rocheuse un homme dans l'impossibilité de descendre ou de monter, coincé et pris d'effroi. Une musique s'échappait de son sac à dos et au moment où l'on était prêt à s'adresser à lui pour lui porter assistance, son transistor laissa entendre la chanson de Gilbert BÉCAUD "Et maintenant, que vais-je faire ?". Pris de fous rires, nous nous sommes assis quelques minutes avant d'aider cet homme.

     L'été ce seront d'autres petits métiers, plongeur, coursier, standardiste, opérateur Photomaton, pompiste, etc..., avant les vacances (enfin !), chaque année  en Espagne à la Cala Monjoy, entre ROSAS et CADAQUES dans un centre de vacances du Touring-Club de France. Une expédition, pas de T.G.V., une bonne quinzaine d'heures de train avec changement aux portes de l'ANDORRE pour arriver en gare de FIGUERAS, selon le bon vouloir du mécanicien de la R.E.N.F.E qui arrêtait son train un peu partout sans grande logique (peut-être pour discuter avec un berger ou un pêcheur ?). Nous étions entassés dans des wagons en bois qui vous ballotaient de tous les côtés, au milieu des valises, des casiers à légumes, des cages à poules. Après le train, le taxi via ROSAS où les rues étaient des pistes en terre et puis la corniche jusqu'au camp; le Club Med de l'époque. Je fis là mes premières plongées, un autre sport de silencieux comme la montagne, où le partenaire choisi est un élément essentiel pour la sécurité. Nous étions une belle bande de potes qui se retrouvaient chaque année. Nous participions à de nombreuses activités, spectacles, prolongeant la nuit dans un bar, rôtisserie de la calanque ouvert sur la mer qui maintenant est devenu très célèbre, le "bulli Bar" devenu "El BULLI"  temple de la gastronomie chimique d'avant-garde de Ferran ADRIA (je préfère la cuisine de mémée, bien traditionnelle). D'autres soirées nous descendions dans un restaurant de ROSAS où le patron était fort sympathique d'autant que nous lui laissions pas mal de pesetas vu que notre pouvoir d'achat était très conséquent en francs. L'Espagne était encore sous le joug du franquisme et les exécutions à la "garotte" étaient toujours d'actualités. Un soir, alors qu'un groupe d'anglais fêtaient plus que raisonnablement l'anniversaire d'un des leurs, quelques unes de leurs femmes montèrent sur les tables et entonnèrent le "God save the Queen". Pour ne pas rester dans notre coin, provocation oblige, nous entonnions notre "Marseillaise". Affolement du patron qui faisait tous les gestes possibles pour nous inviter au silence. Celà se fit rapidement dès l'apparition de la Guardia Civil à la "légendaire amabilité" . Notre hymne étant un chant des Républicains espagnols nous avions commis l'irréparable et la "carcel" nous était promise. Heureusement un diplomate de passage, en vacances, nous sortis du pétrin après trois heures de palabres.

     Certes nous pouvions être insouciants, isolés dans notre camp de vacances; mais le climat extérieur était pesant. J'avais beaucoup de sympathie pour ces espagnols, fiers, silencieux, pauvres qu'il ne fallait pas heurter par une aide trop marquée. La police était présente un peu partout comme les indicateurs ou dénonciateurs, des militaires patrouillaient le long des côtes. J'avais connaissance de tout celà, d'autant que ma mère avait un ami, Le Colonel Manuel AMEZCUA, ayant servi dans les forces républicaines sur le front de BARCELONE, condamné à mort par FRANCO, et qui avait réussi à se réfugier à ALGER. Il me dédicacera le livre d'Hugh THOMAS "La guerre d'Espagne" lors d'un de ses séjours en FRANCE. 

     Une après-midi, l'alarme retentit au camp, Le Chef du village était accompagné d'une petite fille venue demander du secours. Le barque de pêche de son père s'était éventrée sur un écueil et lui-même était en mauvaise posture sur un unique rocher cerné par la mer entre deux falaises. Nous étions cinq ou six plongeurs présents et nous connaissions bien cette passe dangereuse. Nous embarquions rapidement sur les "Zodiac Mark II et III", dotés de nos équipements et de bouteilles d'air en nombre. D'autres plaisanciers se joignirent à nous. Effectivement nous devions récupérer ce pêcheur au bord de l'épuisement, sa barque avait coulée 15 à 20 mètres plus bas. Les 3 plus expérimentés d'entre nous plongèrent sur l'épave tandis que nous larguions des cordes certaines lestées de bouteilles d'air. La barque pu être retournée malgré sa lourdeur. De l'air fut insufflé et heureusement l'épave se souleva et remonta jusqu'à la surface. Il fallu près de quatre bateaux à moteur pour la tirer et la remorquer jusqu'à la crique où vivait notre pêcheur et sa famille dans une humble petite maison. L'homme pleurait, il avait perdu son seul moyen d'existence. Il ne demandait rien, restant digne, heureux de ne pas y avoir laissé la vie. La solidarité joua et quinze jours plus tard nous pouvions lui rendre visite, son bateau avait été restauré, moteur refait à neuf... Il s'excusa de ne rien pouvoir nous offrir, si ce n'est un peu de rhum doux. Un beau moment avec de belles étreintes. Nous nous comprenions en silence. Je me demande en souriant qui avait laissé  une boite en fer contenant quelques centaines de pesetas...

     C'est dans ce camp qu'outre mes visites annuelles à DALI que j'ai connu Gilles PAUMIER, initiateur du groupe "Les Enfants terribles", que nous irons applaudir dans le temple de l'Olympia en première partie de Juliette GRÉCO que je devais revoir ultérieurement dans des circonstances plus graves. Il m'encouragea à poursuivre mes travaux d'écriture et à prendre des cours de théâtre. C'est ainsi que revenu habiter à ASNIÈRES, je me rendais à la "Maison des jeunes". Je connu un professeur du nom d'Armel MARIN.  

                                          

     Je travaillais beaucoup à la recherche de textes, ce qui ne m'étais pas trop difficile d'autant que j'avais toujours une idée de spectacle en tête "La poésie c'est pas forcément emmerdant ...". Ayant pu approcher Jean-Marc TENNBERG,  Jacques PRÉVERT, ce projet ne faisait que me tarauder. Trainant de temps à autres sur les traces des ancêtres, je pus en roder quelques extraits dans des cafés de Montmartre. Je revisitais Boris VIAN, Paul ELUARD (portrait rencontré chez DALI), RIMBAUD, d'autres encore.

     Un jour Armel MARIN m'annonça que j'avais été remarqué et que l'on m'offrait d'entrer directement  au cours de René SIMON. Il rencontra mon père qui s'opposa catégoriquement à cette opportunité. Ce n'était pas sérieux, etc, le refrain que beaucoup ont connu et connaissent encore. La majorité à 21 ans était encore loin, coincé, la douche froide, j'en voudrai toujours au pater.

    Celà d'autant que deux amis d'école pouvait librement exercer leurs talents, Yves PIGNOT, bientôt Élève du Conservatoire national supérieur d'art dramatique, qui pour la fête de notre école mettra en scène et jouera avec un copain pour nos parents et quelques  invités privés "Le neveu de Rameau", ce qui vaudra un procès pour cette représentation. Procès réclamé par un jaloux ?, un certain Pierre FRESNAY qui voyait peut-être là un manque à gagner. Jean MUSY, pianiste déjà connu des milieux du jazz qui permettra d'organiser une fête toujours pour l'école, au théâtre des Ambassadeurs où il se produira avec Memphis SLIM. Il allait rencontrer Nino FERRER, avec lequel il débutera sa longue et prestigieuse carrière. 

     Je me souviens d'une habitude que j'avais en allant à l'école, c'était d'arriver une bonne demi-heure en avance pour aller m'asseoir dans la salle d'attente et de distribution des billets de la Gare d'ASNIÈRES, à deux pas. J'observais les gens, les comportements, les attitudes, je prenais des notes de temps à autre; elles me serviraient ultérieurement pour écrire quelques poèmes, paroles de chansons.  Le samedi, avec quelques centimes en poche ou francs les journées fastes, je rejoignais mon meilleur ami, François GATEAU qui résidait de l'autre côté de Paname. Nous nous retrouvions dans le quartier de l'Opéra, nous parcourions Paris à pinces en tous les sens, observant, plaisantant, respirant l'air de la capitale. Il avait pour père un musicien, saxophoniste, premier soliste de l'orchestre de la Garde Républicaine qui enseignait son art dans un conservatoire de banlieue avec le batteur de jazz Kenny CLARKE. François avait pour cousine une certaine Annie CHANCEL qui faisait les marchés, la future SHEILA. Je rencontrais Pierre SPIERS, une jeune fille Isabelle GALL dite France GALL, comme moi native d'octobre de la même année. De même un auteur-compositeur de renom, dont je ne puis livrer le nom et qui me fit l'honneur de "m'acheter" un de mes textes qu'il signa de son nom. Je n'avais jamais vu autant d'argent, et pour une fois je pus me permettre quelques excès et de bonnes vacances sans avoir à compter, ni travailler.

     Arriva l'année 1968, où je m'ennuyais à la faculté de droit à Assas, des cours d'économie avec "le marchand de sable" Raymond BARRE. Un engagement passager en politique, au Bureau de la Confédération des Hauts-de-Seine du P.S.U., et très rapidement la punition, le sursis résilié comme beaucoup d'autres, la feuille de route pour le 7ème Bataillon de Chasseurs Alpins de BOURG-SAINT-MAURICE. Nous y étions attendus sur l'air de "Ah c'est vous les p'tits cons !!", mais nos humbles facultés intellectuelles étant des plus précieuses pour la bonne marche du Bataillon, nous finirons pas occuper tous les postes clés, moi-même à l'État-Major, piole en ville à l'Infirmerie, travaillant aux heures libres dans un grand café restaurant face à la Gare et tenu par la famille MINORET. C'est là, avec le feu vert des autorités militaires, dans la salle de spectacle de la ville que je pus mettre en scène et participer pour la première fois à ce spectacle que j'avais imaginé "La poésie c'est pas forcément emm... ". Ce fut un succès, qui m'emmena à LYON, CHAMBÉRY, ... . C'est là aussi que dans un restaurant fort sympathique de BOURG, un Q.G. où je me trouvais avec trois compagnons d'infortune, que je devais revoir quelques instants pour notamment des remerciements Juliette GRÉCO en compagnie de Michel PICCOLI. Un de leurs proches avait eu un très grave accident de ski, mes compagnons et moi avions donné notre sang à l'Hôpital de la ville pour les nécessités de l'opération le matin même. 

     De nouveau à PARIS, diplôme en poche, l'atmosphère familiale étant toujours aussi orageuse, je fis ma valise pour TOULOUSE où j'avais connu celle qui deviendra ma compagne pour la vie. De nouveau des métiers divers, sans grand intérêt, un fils futur intermittent du spectacle avec notre bénédiction. Il fallait bien faire bouillir la marmite, mais l'époque fut belle avec de bons copains. Pas d'ASSEDIC, de RMI et autres systèmes d'assistance. Tout cela pour saluer une dernière personne en la personne d'Alphonse MOUNIER dit "Fonfon de MARSEILLE". Une anecdote qui me tire toujours une petite larme, peu habitué aux marques de sympathie et de générosité. Avec un très bon ami Jean-Pierre MAÏSTO, émigré comme moi dans la ville rose, nous nous rendions à MARSEILLE avec ma vieille 2 cv pour travailler sur un petit chantier, des peintures à faire dans des maisons de la future station des LECQUES; moyennant quelques espèces. Notre budget était plus que serré. Un jour Jean-Pierre tomba bien malade. Je quittais notre lieu d'hébergement où il se reposait, achetait ses médicaments, mais tenaillé par la faim. Heureusement je disposais de quelques adresses gardées précieusement dans un petit carnet jaune. Mes pas me conduisirent au Vallon des Auffes, à la recherche d'un restaurant "Chez FONFON" qui m'était indiqué. 

     Il pouvait être 11 heures 30. Je regardais le menu, fichtre, c'est pas pour moi. J'hésitais et fis plusieurs fois le tour du petit port repassant devant l'établissement qui ne comptait encore aucun client. J'aperçus quelqu'un derrière le comptoir. Je me décidais et demandais "Fonfon". C'était lui qui se trouvait devant moi. Je lui montrai mon carnet et après quelques échanges concernant ma présence à MARSEILLE qu'il écouta avec la plus grande attention je lachais "Fonfon, j'ai faim et je n'ai pas assez d'argent pour honorer ta cuisine et pire je suis allergique au poisson ...". " Petit fais moi plaisir, tu reviens d'ici une heure et demie, promets moi et ne t'inquiètes pas !". Soulagé par cet accueil chaleureux, je le laissais à son travail, au coup de feu car déjà des clients se pressaient ayant réservés leurs tables. J'étais impressionné d'autant que sur les murs était accrochés des dizaines de cadres enserrant les photos dédicacés de grands acteurs, comédiens, chanteurs, célébrités diverses... 

     Quand je revins, le restaurant était encore complet, mais "Fonfon" fit apporter une table supplémentaire. Il m'avait préparé l'un des repas les plus mémorables de ma vie, sans produits de la mer. Puis la salle se vidant, il vint s'asseoir à mes côtés pour une très longue conversation. C'était un homme généreux, bon, à l'écoute. À la fin, sachant que je devrais retourner sur PARIS pour un temps, il me confia une lettre manuscrite à l'attention du Préfet honoraire Louis AMADE. Malheureusement quand je le jugerai utile et possible, je ne pourrai lui remettre cet écrit, la maladie devant l'emporter.  

     Pour finir (peut-être) sur une anecdote marseillaise, avec l'ami Jean-Pierre, nous devions franchir un soir la porte d'une boite plus ou moins glauque, notre budget regonflé, boite située dans une petite ruelle du quartier du Vieux-Port. Il y avait là quelques filles, Jean-Pierre alla inviter l'une d'elles pour une danse mais revint plié de rires. Il s'était fait jeter. Lui ayant demander si elle voulait danser, la donzelle lui avait rétorqué avec un accent hyper marseillais "Je peux pas !!, j'attends ma copine qu"elle pisse !!".

     

      

     

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