Premiers pas

     Du dessin, à l'écriture, de la scène à la peinture; il y a maintenant plus de trente ans que mon père dont la main tremblait se séparait de son coffret de peintre et j'en héritais.

     Des débuts laborieux, je manquais d'humilité et ne jurais que par le figuratif. Premières toiles maladroites, premières expositions dans les Hauts-de-Seine, la Somme, le Val d'Oise.

     Ces toutes premières "oeuvres" furent signées de mon nom patronymique JOGERST. C'est en 1988, que j'adoptais le pseudonyme de MALOU, en souvenir d'un vieille dame Marie-Louise CAMIN qui m'avait fait aimer son pays, ses montagnes du COMMINGES; et de "Malou" LEROY, de l'Auberge Inardaise à POINTIS-INARD (Haute-Garonne). Ce pseudonyme deviendra officiel un an plus tard et fera parti de mon identité. 

     Les sujets traités concernaient surtout des scènes paysannes, maritimes, des portraits. Je m'essayais au pastel, à la sanguine, j'explorais pensant détenir une vérité, vanité ... 

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      À propos de scènes paysannes je me souviens d'un anecdote qui inaugura les commentaires que l'on peut recevoir ou entendre. J'avais exposé deux toiles tirées de photos au Salon des artistes asnièrois. L'une de ces deux toiles représentait le plumage des oies dans une pièce sombre de ferme du Sud-Ouest (cliché ci-dessus).

     Les autorités municipales se pressaient le soir de l'inauguration, peut-être plus par électoralisme que pour les petits-fours ou vice-versa. L'un de ces importants édiles s'arrêta devant le tableau et fut rejoint par une assez jeune beauté très parfumée en manteau de fourrure qui manifestement l'accompagnait. Elle devait s'y connaître en matière picturale. Sa voix criarde et désagréable éructa à la cantonnade qui reçut le message cinq sur cinq :

     -"Mon Dieu, quelle horreur, Môa qui suis végétarienne !!!".

     Le cortège s'éclipsa rapidement, je savais déjà que je ne mériterai pas même un soupçon d'accessit pour ma croûte. Je commençais à appréhender la faune composant ce type de manifestations municipales sans intérêt. Prétexte pour dire qu'on s'occupe de la Culture et des artistes locaux (Mon cul dirait "Zazie").

     J'éviterai bien vite ce type de manifestation. 

     J'explorai et j'employais mes premiers modèles, une sorte de défi, serai-je capable de traduire leurs sensualités, leurs personnalités ?

     L'une des toutes premières modèles fut Isabelle BACELLS, catalane, chanteuse, danseuse. Nous avions fait connaissance non loin de la S.A.C.E.M. dans le IXème, près de Pigalle où elle prenait des cours avec notamment Didier BARBELIVIEN. Elle se produirait à l'Olympia en février 1989 avec les artistes du Studio des variétés dans le spectacle "Qui c'est ces mecs là".

     Elle sera un précieux modèle qui me permettra de mettre en scène ultérieurement ces musiciens de jazz auxquels je pensais déjà. Outre le pastel, j'userai pour la première fois d'acrylique, pour peindre une atmosphère plus proche de la musique et de la nuit, songeant au travail d'estompe d'Émilio LLUESMA. 

     Dessins, peintures, pastels, je continuais obstinément dans le sens de la figuration. Puis lors d'une exposition en hommage à Sidney BECHET, l'occasion me permis de retrouver un bon ami d'école déjà connu dans le monde de la musique Jean MUSY. Quelques temps plus tard nous cassions la croute dans une brasserie du quartier de Passy et il m'entretint avec passion de son goût pour l'abstraction ce qui m'entraîna dans une profonde perplexité. Je ne manquais pas de visiter des galeries, tentant d'approcher cette expression, mais le langage tenu et les longues explications de texte pour sublimer une oeuvre m'échappaient totalement. Je me trouvais très loin de la simplicité du Maître Olivier BRICE. 

     Allez savoir pourquoi, un jour d'hiver où la lumière n'était guère présente, je contemplais le coffret de peinture que mon père m'avait donné plusieurs mois auparavant, sa main étant devenue tremblante. J'en fis l'inventaire rapidement, de vieux tubes de couleurs, certains devenus trop secs, des brosses, pinceaux, couteaux, de l'huile ... Ce serait bête de tout jeter me dis-je. Puisque les conditions n'était pas idéales et que j'avais "un remord" concernant une toile, je la posais sur le chevalet. Je saisissais des tubes, en posais des touches au hasard. Là tel un chef d'orchestre ivre, je martyrisais la toile à grand coups de couteau. Et puis au fur et à mesure cette toile prenait forme, tout au moins elle s'équilibrait. J'avais l'impression de livrer un combat ce qui n'est pas bon comme je le comprendrai très vite. Le soir j'avais CRÉE pour la première fois quelquechose qui venait de moi, mystérieusement et qui me touchait, m'ébranlait. Je repensais alors à Jean MUSY, à ces propos, lui le compositeur. Je restais un long moment assis devant ce mystère; interdit, abasourdi, prostré; un whisky en main.

     Le lendemain la toile révélait encore plus de son intimité, elle travaillait en silence. Tout de suite la question me vint : "J'ai trouvé une voie, une expression qui m'est propre, mais serai-je capable de poursuivre, d'une suite ?". Le doute. Ainsi naîtront les "SURIMPRESSIONS". Mais le vrai déclic viendra avec le concours d'un autre modèle, Evelyne, d'une incroyable sensualité et tendresse. Je réalisais quelques dessins "alimentaires", des nues, et puis un jour nous connaissant davantage au travers de nos échanges verbaux, j'entrepris la toile qui donnera le "Sommeil bleu", alors qu'elle se reposait allongée, nue, offerte. 

     Elle m'inspirait, souvenirs de plongée sous-marines, sommeil ambivalent d'une femme. Evelyne m'avait porté. La toile achevée (si une toile peut être achevée ?), alors que j'étais assis sur un tabouret de bar et que j'étais encore dans un état second, elle s'approcha de moi, me posant la main sur un endroit précis de l'entrejambe et me dit "Tu vois Malou, tout ce qu'il y a là-dedans, c'est moi qui l'ai crée !". Merci Evelyne, je venais de comprendre les propos de DALI, "Je suis avare de mon sperme"... L'une des clés était de se trouver sur ce fil instable, se laisser emporter suffisamment pour n'éjaculer qu'en couleurs. Je devais trouver d'autres clés par la suite, mais je dois reconnaître que ce petit modèle fut un élément essentiel de ma progression et mon abandon définitif de la figuration pour ce que j'appelle la non-figuration à tendance paysagique, plus de limites, de l'espace, la liberté de pouvoir étendre sa peinture à l'infini. 

 

 (À suivre, peut-être ?)

     

 

 

     

     

     


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